là des mots

TOSCANE, ITALIE Avril 2011 Octavio & Victoria

La Donna Mobile. Verdi. Caruso

Octave est un grand mec, un beau bébé d’un mètre 83,
Des muscles, des cicatrices, des marques, le corps athlétique d’un mec qui a failli mourir plusieurs fois.
Un nounours dans un corps de tueur.
Il a deux passions dans la vie, son métier mis à part, la musique des années 90’ et la cuisine.
La cuisine de tous les pays, mais plus particulièrement la cuisine italienne..
Il aime les pâtes à la folie, les prépare à la puttanesca ou aux artichauts mais sa recette préférée de toutes ce sont les liguinis Del mare.
Ceux faits par sa grand mère.
À chaque fois, il en avait l’eau à la bouche des pasta de la Mama.
Rien qu’en y pensant il s’essuya une larme au coin de l’œil.
Il allait la rejoindre la maison de sa Mama, il était en route.
La radio hurlait des tarentelles et le paysage de toscane défilait devant lui. Il ne le regardait plus, il le connaissait par cœur.
Par contre les tarentelles, il les chantait à tue tête et avec bonheur.
Vitres ouvertes, s’il n’allait pas si vite on aurait ou entendre sa voix de ténor, résonner jusqu’en Ligurie.
Une main sur le volant, l’autre en l’air afin d’accompagner la musique, Pavarotti n’a qu’à bien se tenir..
Car Octavio le grand est l’as du trémolo, du vibrato et du bel canto.
Il est surtout un grand amoureux…
Un poète aux nez cassé, un boxeur au cœur en or qui saigne des diamants.
Son film préféré c’est la belle et la bête de Cocteau..
Quand belle pleure des larmes si pures, qu’elles se transforment en diamants.
Octave est amoureux de la vie, il l’a toujours été, incapable de blesser une âme pure, il a passé sa vie à les protéger.
Chiens et chats errants, trouvent toujours réfugie dans ses bras sous son toit.
Sa façon à lui, de rendre le monde plus beau et infiniment plus vivable.
Retrouver la maison de Mama, revoir ses collines, sentir les odeurs de la campagne..
Lui donne envie de composer..
La route est belle, le soleil brille à l’horizon, il l’éblouit.
Une biche traverse la route, et comme tétanisée par l’astre s’arrête en plein milieu ; un coup de volant pour l’éviter.
Il n’aurait pas supporté de la blesser ou pire de la tuer.
Il reprend son souffle et la peur évacuée, se range sur le côté, sur un parking prévu à cet effet.
Dans le dernier village passé il a acheté du Provolone et de la bresola, avec un petit pain à l’huile d’olive.
La Toscane, tu la vis, et tu la manges toute à la fois…
Elle coule dans tes veines, t’y peux rien c’est comme ça. Alors couché dans les hautes herbes il regarde les nuages, se laisse aller a un moment de rêverie.
Et comme à chaque fois où il laisse ses pensées divaguer, sa silhouette apparaît.
Victoria… Amour retrouvé, amie de presque toujours et tant d’autres possibilités…
Brune rebelle, sauvage et généreuse.
Elle se couche à ses côtés,  blottie sur son épaule. Il veut la posséder autant qu’il veut la protéger.
– Parle moi Amore mio, dis moi des mots…
Alors les yeux dans les nuages Octave lui parle de l’amour..
L’amour est parfois silencieux.
Puis parfois il te gueule aux oreilles
et te saute aux yeux.
Il peut être aussi un murmure,
Une main tendue dans la nuit la plus obscure.
La lueur de ton sourire qui me rassure.
L’amour ma belle n’a rien d’une colombe c’est une catastrophe naturelle qui te transforme et t’inonde.
L’amour c’est deux âmes qui se trouvent, s’emboîtent et s’emmêlent tellement qu’elles ne peuvent se séparer sans que cela ne les déchire, sans y laisser une empreinte de l’une dans l’autre.
L’amour c’est être ici avec toi.
Te parler à haute voix et te sentir vivre dans mes bras.
Allez viens on doit continuer..
La route est longue, il ne faut pas faire attendre Mama.
Octave se lève, plie la couverture et retourne à la voiture.
Sa toscane est belle, l’odeur de la terre est sur ses mains. Il est heureux ici. Enfin.
Dernier village avant l’arrivée chez sa Mama, l’impression de sentir sa chambre, son lit avec l’odeur de la lessive familiale, les draps frais, le bois ciré, la cheminée qui brûle hiver comme été,
Le chat devant la porte, le l’air fraîchement tiré, les bottes crottées à l’entrée.
Et Mama comme à son habitude dans la cuisine.
Entrain de mijoter 5 plats à la fois.
Les odeurs d’origan, le basilic, les cuves, d’olive et de tomates.
Et les coquillages fraîchement pêchés de l’aube.
Tout cela il le sent déjà, ça lui titille le nez.
La fin d’après midi arrive, la terre rend sa chaleur, les odeurs montent de partout.. C’est la meilleure heure, celle entre chien et loup.
Un dernier virage et il est arrivé.
Tient la lumière de la cuisine est éteinte, les fenêtres fermées, les rideaux tirés.
Octave gare la voiture, la cour est silencieuse, pas même le chat pour lui souhaiter la bienvenue.
Il passe la porte, non sans avoir essayé ses pieds. Les habitudes…
Personne à la maison, le silence.
La pénombre.
Pourtant il a prévenu, que se passe t’il  ?
Pris d’une angoisse il monte à l’étage, personne toujours.
La maison est vide, sans vie.
Pas d’odeurs, pas de sensations amies.
Il descend les escaliers 4×4 de plus en plus inquiet.
Fait le tout du jardin personne ne vient le retrouver.
Alors il court en contrebas chez les voisins,
Personne la bas non plus.
La chaleur d’apaisante devient étouffante…
Il a du mal a respirer.
Du haut de la colline, il voit une petite lumière au loin, enfin un signe de vie. Il dévale dans le champ, criant
– Hey ! Je suis là ! Attendez moi.
La lumière disparaît dans le sous bois.
Octave s’en fiche il se dirige vers la où il l’a vue briller.
Le sous bois est plus frais, les frondaisons protègent du soleil.
Il entend un bruit d’eau et veux s’en approcher.
Puis des voix, et enfin les odeurs…
Dans une clairière au bord de la rivière la table est mise, ils sont tous là, sa mama , Victoria, son grand père, les amis les voisins, le vin coule à flots la fête bat son plein.
Octave les embrasse tous, la chaleur dans son cœur.
Heureux de tous les retrouver,
Les angoisses enfin évaporées.
Il s’assoit à table, et regarde sa Mama et son Papi aux visages burinés, aux rides douces, à la bonté qui transparaît.
Les larmes dans les yeux, c’est le bonheur qui s’exprime. L’amour dans son cœur aucune pensée assassine. Puis arrive Victoria, qui s’assoit à côté de lui.
Amore mio, tu es chez toi.
Mange ou tu vas vexer la Mama.
Linguini Del mare .
Un délice, un plat qu’il n’avait pas mangé ainsi préparé depuis une éternité.
Le soleil se couche à l’horizon, une tarentelle joue à la radio, au pied d’un chêne, une biche couchée sur le flan, agonisante respire avec peine.
Autour du chêne, une Alpha Roméo, pliée, un peu plus loin dans les hautes herbes, une montagne un homme qui sourit au crâne fêlé.

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