là des mots

Sparing Partner

Low Rider. WAR

Gauche.
Droite.
Gauche.
Gauche.
Droite.
Droite.
Non mais c’est comme ça que tu danses ? 
Tu te fous de ma gueule ?
Je veux que tu flottes, que tu ne touches plus le parquet.
Garde ton équilibre, baisse ton centre de gravité.
Allez! Je veux voir tes ailes qui frétillent à tes chevilles.
Danse bordel.
Et arrête de souffler comme ça. Vas y sautille !
Merde on est pas là pour faire des entrechats ! Tu crois quoi ? 
Que tu ne pourras pas tomber?
Danse je te dis et frappe en rythme.
Thump.
Thump.
Thump.
Allez vas y, cogne connasse.
Frappe, encore.
Plus fort.
Prends de l’élan, démonte toi l’épaule, allez frappe Bordel !
Non mais t’as peur de niquer ta manucure ou quoi ?
Frappe je te dis !
Pas comme si tu voulais faire mal, frappe si tu voulais tuer.
Frappe comme si ta vie en dépendait.
Tape dans ce putain de sac, je veux entendre la chaîne grincer.
Viens, encore, je le tiens, frappe plus fort.
Mais démonte le moi bordel,
Je veux que tu cognes .
Depuis ce matin que je suis là, corde à sauter, cardio et sac de frappe.
Je serre tellement les dents que j’ai le gout du sang dans la bouche,
la sueur coule dans mes yeux, je m’en fous que ça pique, les larmes rincent tout de toutes les façons.
J’ai pris un rythme syncopé, je ne l’entends plus je suis dans le sac, dans la frappe, je cogne, pour me dévisser.
Je suis sur sa voix, sa vibration, 
Gauche
Gauche 
Droite 
Gauche
Droite 
Droite
Droite.
Je cogne, je veux le tuer.
Plus je cogne plus j’ai mal, juste envie de m’en débarrasser.
Épaules endolories, phalanges explosées, ampoules au mains, mêmes bandées.
Et je continue de frapper, tout en dansant.
Mes cheveux collent sur ma peau, mes vêtements aussi,
Je ne sens plus rien, 
Je ne vois plus rien, 
Intouchable et inaltérable c’est bien là l’essence de mon chagrin.
Ok stop, on arrête.
Crache un coup et essuie toi. 
Ton sparing partner est là.
Je me retounre vers le ring.
Un hoddie, de dos en jogging c’est tout.
Je ne cesse de me masser, je m’essuie, pour ne pas refroidir.
Il se désape, tignasse ébouriffée, regard habité fixant ce qu’il fait.
L’animal est concentré, centré sur lui même,
Prêt à me déboiter.
Pas sur que le sparing soit celui qu’on croit.
Il est sauvage, je vois comment il se laisse mettre les bandages… 
On monte chacun de notre côté, tout en continuant de s’échauffer.
On se pose dans notre coin, prêt à danser.
On se rapproche pour se saluer.
Et là on se regarde enfin.
Depuis toujours on m’a appris, ne regarde pas directement dans les yeux ton ennemi.
Garde en toi ta force et vise de tes yeux son troisième œil, son chakra de l’esprit, plantes-y la peur. La crainte. Observe le quelques secondes et frappe pour voir la réaction.
Tout en n’oubliant pas de danser.
Je le regarde et là basculement complet.
Je rentre dans son âme.
Et lui dans la mienne.
Rien pour nous retenir, suis partie et je ressens. Je le ressens lui son cœur qui bat, je l’entends, régulier, puissant.
Je cale ma respiration dessus, j’évite ses coups, et lui les miens, on se calcule trop, mais bordel qu’est ce qu’on danse bien.
On feinte, on flotte, on esquive, on évite.
Pendant tout ce temps, nos yeux ne se quittent pas, âmes à l’unisson rien ne trouble notre attention, pas les voix des coachs. Ni les encouragements des mecs dans la salle, 15 minutes sur le ring et pas un coup n’a été échangé, pas une goutte de sang versée.
On se regarde et on se parle en silence…

On embrasse l’espace. L’air est épais.
Pas fatigués, ni essoufflés, on absorbe les vibrations.
Détermination, volonté, et curiosités exacerbées.
Ce sparing partner là, me plait, on devrait faire un tour de ring de plus.
juste un, pour voir, ou deux, ou trois, laissons la vie décider un peu, pourquoi pas?

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