là des mots

Shitville. Texas.


Saddle Up. David Christie.

Le bruit des conversations feutrées, des rires polis de femmes du monde et des puissants et requins était bien loin du spectacle qu’elle avait devant les yeux.

Quand elle avait vu le panneau “Café Russe” dans la grand rue, elle avait eu un soupir d’aise et de soulagement; enfin un endroit civilisé dans cette ville du fin fond du Texas.

Elle désenchantât quasi immédiatement après avoir passé la porte et le lourd rideau de velours rouge.
Ici ça sentait pas le parfum chic de la 5eme ou de Park avenue, ici ça sentait la sueur, la friture et le cuir.
Au milieu de la salle trônait fièrement une machine taureau pour faire du rodéo indoor.
Deux drapeaux russes aux murs côtoyaient les drapeaux texans.
Mais il y faisait plus frais que le 42 degrés de dehors, et ses Manolo lui tuaient les pieds.
Alors elle alla s’installer dans un box, pas loin du juke box.
Et après avoir été se passer de l’eau sur le visage et laver ses jambes dans le ladies room  
(en faisant attention de ne toucher à rien sans papier toilette pour éviter le contact direct) elle appela la serveuse et demanda la carte.
Celle ci lui apporta un énorme verre d’eau avec des glaçons, d’une propreté douteuse.
Sans regarder la carte elle demanda ce qu’ils avaient comme spécialités russes
La serveuse, Venus, la dévisagea et lui dit que ce qu’il y avait de plus russe dans la carte c’étaient les pickles molossol et la vodka.
Je peux vous faire un verre de l’une et un bol de l’autre si vous voulez.
Victoria, détestait de plus en plus ce pays de sauvages, ces bouseux de redsnecks qui avaient comme unique mérite d’être nés le cul dans une mare de pétrole, rien n’y faisait.
Il y faisait trop chaud et poussiéreux et les habitudes des autochtones lui étaient complètement étrangères.
À NYC tout ce qu’elle voyait du Texas, c’était les steak house, les Stetsons et les santiags, avec un peu d’artisanat indien et des turquoises.
Alors quand on lui a proposé de venir ici écrire sur ce mec qui incarnait le renouveau texan, elle sauta sur l’occasion.
Échappant ainsi à la ville et à ses prétendants. Et se voyant déjà bronzer au bord d’une piscine en écrivant son papier..
C’était un joli rêve.
L’incarnation du renouveau texan, bachelor of the year et fortune numéro 143 du Forbes.
Était un fieffé connard.
WOW what a surprise.
Après qu’il ait essayé de la faire boire trop et de la toucher de trop près, elle lui balança un coup uppercut bien senti et s’en alla de son ranch, en volant un cheval qui attendait pour qu’ils fassent le tour du propriétaire ..
En oubliant sur place, son sac, avec ses clés d’hôtel et son portable.
Il ne lui restait dans sa veste que 10 dollars en monnaie du taxi pris dans la matinée.
Elle avait laissé le cheval au bord de la route près d’une station service et avait montré un peu de jambes à un chauffeur de camion pour se faire déposer en ville.
Lui expliquant en chemin que son mec l’avait laissé là parce qu’elle avait une bleno, on est jamais trop prudente…
Et depuis elle marchait jusqu’au moment où elle vit le petit frère du panneau du café russe de New York.
La serveuse, Venus, regardait Victoria de derrière son bar, faut dire qu’elle n’avait pas d’autres clients à cette heure.
Née et élevée ici à Shitville, sa seule part de rêve autorisée étaient les magazines de mode et les journaux.
Elle savait très bien qu’elle était pas assez belle pour devenir actrice ou mannequin, puis ça ne l’intéressait pas.
Ce qu’elle voulait par dessus tout c’était écrire.
Elle remarqua dés que Victoria était entrée dans le bar, qu’elle n’était pas à sa place, elle portait une robe portefeuille DVF et des Manolo, avec une petite veste Lagerfeld.
Personne ne portait de veste ici après le 7 février..
Ses jambes étaient nues, mais sales.
Et ses chaussures si délicates et si belles … étaient toutes éraflées.
Venus apporta à Victoria une assiette de comfort food, des œufs brouillés, du bacon, une patate au four des beans, et un double bloody Mary.
Elle déposa va sur la table avec des gaufres au sirop d’érable.
Tenez vous m’avez l’air d’en avoir besoin, Vic regarda Venus dans le yeux et bu le bloody Mary d’un trait.
Merci mais j’ai pas assez pour vous payer…
Venus la regarda et haussa les épaules.
Mangez. On verra plus tard, puis donnez moi vos chaussures c’est un pêché que de les laisser dans cet état là.
Elle lui tendit une paire de crocs roses avec des strass …
à NYC Victoria aurait préféré marcher pied nus sur des tessons de bouteilles et des braises plutôt que d’être vue avec des trucs pareils aux pieds.
Mais là ici et maintenant les crocs étaient un cadeau sublime du destin pour ses pieds endoloris.
Victoria regardait Venus bouger, gracile, racée, elle avait l’air décidée, et vive, les cheveux en queue de cheval, quelques mèches rebelles, pas d’accent texan, on sentait qu’elle contenait..
Un sens du style simple, short en jean, Nikes et débardeur ajusté, sexy sporty, des jolies jambes et des bras musclés.
Elle se leva avec son assiette de gaufres et s’installa au bar pour parler avec.
Victoria était curieuse de son histoire.
Venus était réservée et la racontait avec des silences pudiques.
Les clients commençaient à arriver. Victoria se mît tout naturellement a aider en salle.
Les deux jeunes femmes s’épaulèrent ainsi, se rendant l’une et l’autre la vie plus facile.
Puis vint le moment où les hommes voulaient montrer aux filles présentes qu’ils pouvaient maîtriser le taureau.
Et les filles se mirent à se dévêtir pour monter la bête à cru.
Les dollars volaient, et celle qui tiendrait le plus longtemps à la plus grande force remporterait le jack pot.
Victoria avait son maillot sur elle, elle dit voler la robe en douceur pour appâter les billets et monta sur le Taureau.
Cris de folies et encouragements, bretelle de soutient gorge qui glisse, nouveaux dollars et applaudissements.
Trop facile. Presque.
Évidemment elle remporta le prix..
Au moment de la fermeture Venus proposa à Victoria de la raccompagner à son hôtel, à 30 km de là.
Elles prirent un verre au bar.
Et parlèrent longtemps..
Victoria rentra le lendemain à New York, le nouveau visage du Texas Avait fait livrer son sac et ses affaires au concierge de l’hôtel.
15 jours passèrent, et le nouveau Harper’s Bazaar sortit.
Un portrait du nouveau visage du Texas, la génération montante qui changeait les choses.
Un portrait de Venus.
Elle envoya le magazine au “café russe.”
Avec un billet d’avion first class.
Et une invitation à déjeuner au café russe à NYC.
Ainsi qu’un bon pour un hébergement a durée indéterminée à NYC.
Victoria c’était enfin trouvé une amie.
Et en plus elles chaussaient toutes les deux du 38 et demie.
La ville seraient à elles..
C’était écrit.

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