on life.

Merci Newton.

La vie en Rose. Grace Jones.

Ce bord de piscine très 70’s m’a remis en mémoire une série de photos d’Helmut Newton, puis la somnolence et le soleil dans les pins aidant, j’ai voyagé au pays de mon enfance.

Retrouvailles avec les Vogue, Stern, Officiel, Bazaar et Vanity Fair de ma mère et de ma tante.

Où Helmut, et Guy, étalaient leur vision de la femme parfaite sur papier glacé.

Cette teinte d’érotisme, ce charme discret de la bourgeoisie qui me fascinait.

Nous étions des bourgeois, bohèmes avant que cela soit à la mode. Mon père ne comprenait pas l’idée, le concept même d’être propriétaire d’une seule maison. Ça lui semblait ennuyeux, alors nous en avions plusieurs, Paris, Londres, New York, Miami, Long Beach, L.A, St Tropez, Penne-les-Piés …

Des voyageurs perpétuels que nous étions. Enfin surtout mes parents.

Parfois, scolarité oblige, ils laissaient les enfants, c’est à dire moi et mes fausses demies sœurs mais vraies amies… derrière, livrées à nous même et aux soins de la gouvernante cuisinière et du chauffeur comptable.

Et à chaque fois, ces décors bourgeois, design, dignes de figurer dans Architecture International.

Les parents disaient, on vous élève à la beauté.

Profitez en car jamais vous apprendrez assez vite que la beauté est éphémère.

Ce qui est ne sera pas obligatoirement.

L’impermanence des choses doit vous hanter, afin que vous compreniez que rien n’est jamais acquis.

Alors retour sur les Vogue et Harper’s Bazaar ; que croire quand on voit, ces femmes triomphantes, soumises juste en apparence, avec tellement de fierté dans leur regard ?

Que croire de ces mises en scènes dans ces intérieurs cossus, calqués sur ceux dans lesquels on évolue ?

Comment ça, on peut se mettre nus sur la table de cuisine ?

Prendre une couverture et s’offrir sur le parquet Versailles à la caresse des rayons du soleil ?

On peut porter des bas, porte-jarretelles et un soutient gorge sans honte voire même avec fierté ?

Voilà des illuminations divines pour une pré ado.

Et voilà, qu’on va faire des raids dans le dressing de ma mère.

Garni de St Laurent, de Gucci, d’Ungaro de Chantal Thomass et de Hermès, à ne plus savoir qu’en faire.

Et on se maquille, on se déguise, on découvre des marques de chaussures, Walter Steiger, Adige, Mercadal, Vivien, Maud Frizon …

Des talons, des dorures, des pierres, et des strass.

Le glam et le disco battent leur plein.

Les dessous sont légers, le règne du triangle en tulle transparent.

Les filles rêvent toutes d’une toison sauvage.

Et nous sommes bercés dans un océan d’Opium, de Giorgio et de Joy.

Effluves capiteuses, mystérieuses et orientalistes.

Abondance de châles en étamine de laine aux imprimés chatoyants,

Des cheveux crêpés aux boucles d’héroïnes de séries TV.

Mais tout cela ne vaut pas l’évasion offerte par Newton, Avedon, et Bourdin.

Ces images de Femmes libres, sauvages, et pourtant aux apparences si domestiquées.

Voilà le vrai choc.

L’illumination.

L’épiphanie.

La prise de décision.

Je veux être ces femmes là.

Je me souviens à un exposé dont le thème était posé par mon prof de 5 eme à la Folie St James,

– » Mademoiselle que voulez vous faire plus tard ? « 

J’ai répondu, Muse. Poser pour Newton ou Bourdin, et inspirer le désir et l’envie de se surpasser ainsi.

Et me voilà présentant mes feuilles format Raisin, avec des images découpées dans les précieux magazines.

Expliquant que la beauté était avant tout libre…

Détail amusant, mon père m’avait dit par téléphone, puisque absent, de coller des gommettes sur les poils pubiens, pour ne pas choquer l’assemblée, le prof ou la classe.

J’ai parlé de l’esthétisme, de la mise en scène, de la beauté du geste, du glamour de la pose.

Que la femme était un objet de décor, telle une plante ou un joli meuble. ( un trophée ? ) non , je ne suis pas allée jusque là. pas à 12 ans.

Bref,voyage au pays des merveilles, de l’autre coté du miroir…

Quelques années plus tard, j’eus l’occasion de rencontrer, styliser et de maquiller de sublimes mannequins de chez Élite et depuis, cette recherche incessante, sur la beauté glacé, l’érotisme chic et les codes que j’ai assimilé …toute petite déjà.

Comme quoi, il y a des routes que l’on choisit dans la vie suites à des rencontres, qui nous marquent, et nous guident tout au long du chemin.

Alors je dis Merci maman pour avoir été si belle, vaine et superficielle.

Merci Papa, pour ne pas avoir été là.

Merci Newton.

Merci Bourdin.


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