Hey, I’m Back.

Faut que je verbalise parait-il.
Que je dise les choses, les écrive .
Afin d’avancer, de passer à autre chose, d’avancer.
Je me suis battue, débattue, j’ai été honteux de survivre, de ne pas pouvoir me rappeler ce qu’il s’était vraiment passé.
je me souviens d’avoir été sauvé, par un ami, je me souviens de mon corps endolori.
Des bleus partout. de son regard effaré, de sa colère.
Et moi, dans les vapes, à moitié trouée, ne me souvenant même pas de l’avoir contacté.
sauvée par ces instants de conscience, par l’instinct de survie.
et par le clavier de mon iPhone.
Il m’a prise dans ses bras, malgré mes pleurs et mes cris.
ça je m’en souviens, car il était chaud et moi j’étais glacées, abrutie.
Je me rappelle d’ autre enflure, face à terre, son sang sur le carrelage, sa face éclatée.
et lui, l’ami, qui est venu, sans questions, sans doutes, sans même réfléchir.
Qui m’habille, me glisse dans ma robe, m’enfile mes chaussures, me couvre les épaules avec mon manteau et me protège la tête avec son écharpe, je le vois prendre mon sac, m’installer dans un user, et donner le nom d’un hôtel pas loin.
je me souviens du bruit, de mes courbatures, du sang sur mon corps, des larmes qui coulaient.
puis plus rien encore…

Je suis couchée en boule sur un lit blanc immaculé et frais,
l’eau qui coule, les frissons.
L’odeur du savon, eau d’orange amère…
Les odeurs ont se don de s’incruster en vous à tout jamais.
Il me demande, tu es certaine, tu ne veux pas porter plainte ?
– Non je ne veux pas, je ne me souviens de rien.
c’est ma faute,
– NON.
T’as pas le droit de dire ça. TU ne peux pas. C’est pas de ta faute.
T’as fait tout ce qu’il fallait.
Tu lui as donné rendez vous dans un lieu public, que tu connaissais.
– Oui, mais je me suis levée , je suis allée aux toilettes,
Deux verres et je fais pipi, une vessie de mamie…
– Tu te sentais en confiance, il te faisait rire.
Il n’y a rien de pire comme trahison, de se faire tromper par un homme qui fait tomber
tes défenses.
– C’est la base même de la trahison, faire tomber la méfiance,
s’immiscer pour mieux tromper non ?
-Donc, non, je ne veux pas porter plainte.
C’est ma lâcheté à moi.
– Non, je ne te permets pas. Je t’accompagne.
Garde ta robe, tes bas, ton soutien-gorge , ta culotte…
– J’en ai pas.
– Merde ça va faire moche ça, chez les flics.
– Oui je sais, tu penses bien.
Spa grave je viens témoigner avec toi.
– Non je veux pas. je ne me souviens de rien.
NE me laisse pas.
je veux juste dormir et prendre un bain.
Me noyer, ne plus rien sentir, m’endormir.et ne plus me réveiller.
disparaitre. ne pas revenir.
– Shhhhh, viens, le bain est coulé. on en parlera après.
Il me déshabille, je gémis, tout mon corps est meurtri.

L’eau, ma tête dessous, le silence, mon coeur qui bat. et moi, mon esprit, toujours abrutie, enivrée, droguée.

Il reste assis, au sol dans la salle de bains, la lumière est éteinte, il l’a fait de lui même quand il a vu, mon corps meurtri, les bleus… partout.
Et mon regard affolé, qui refusait de voir, de regarder, se détournait du miroir,
Heureusement il était lui aussi très embué.

Je me retrouve dans le lit, nue, au chaud, les draps propres m’apaisent.
Il a commandé à manger,
il me dit, je vais prendre des photos, il te faut des preuves si tu changes d’avis.
je soulève la couette, je ferme les yeux.
je veux pas voir son regard. je sens sa colère.
Il murmure : je ne l’ai pas assez frappé cet enfoiré.
je me recouvre, il est assis sur le fauteuil de la chambre. et me demande ce que je veux faire.
Dormir, oublier.

Ne me laisse pas seule.
J’ai peur. j’ai froid.

Il reste, il ne bougera pas.
Je dors là. à coté de toi.
Shhhh, voilà mes bras.
Non, ne me touche pas, juste ta main, donne moi ta main.
et je m’endors comme ça. apaisé , enfin je le crois, main dans la main, un ami à mes cotés.

Oui le temps est passé, je n’ai pas porté plainte, juste une main courante, parce que les preuves n’étaient pas probantes,
Malgré les photos…
Le flic qui te dit, si nous devions intervenir, à chaque querelle d’amoureux, on n’en sortirait pas.
Puis Monsieur, s’en sort bien, votre agresseur présumé pourrait porter plainte contre lui…
je me souviens, sortir du commissariat encore plus sale que lorsque j’y suis entrée.

Je me dis, le temps passe, les bleus s’estompent, je n’ai rien à oublier, je ne me souviens de rien, mais mon corps lui oui.
j’ai mal, endolorie.
mais là n’est pas le pire.
Le pire est beaucoup plus insidieux.
Le pire c’est que je ne contrôle plus celle que je suis,
j’en parle à mon psy, il me dit,
Prends le temps, digère, avance, le processus est long, tu avanceras à ton rythme.
Je suis sous tranquillisants, médocs pour un confort ouatiné, pour éviter les cauchemars, les rêves éveillés.
J’essaie de peindre, d’écrire. j’y arrive pas.
Je n’ai jamais été douée pour la création dans la douleur, je me suis toujours servie de ma joie.
Et malgré les médocs, malgré les amies, je pleure, je me meure.
Je prends du poids, je grossis, je perds encore une fois le contrôle.
je ne m’appartiens pas.
Je me cache sous le gras.
dans la bouffe.
Je me protége, me disant, si je ne suis plus désirable, si je tue ma sensualité, cela ne m’arrivera plus.
Et quelque part mon esprit se rebelle.
NON, ne fais pas ça.
Ne te laisse pas abimer encore une fois.
Difficile de laisser un autre me toucher.
moi qui étais vie, et joie, douceur et sensualité,
je me sens devenir mort, tristesse pour chaque respiration, pour chaque jour qui passe,
je m’étiole.
c’est comme si je me laissais agresser encore une fois.
C’est mal me connaitre.
Je refuse.
Plus que survivre, je veux vivre, retrouver ce que j’ai laissé se perdre.
et putain de bordel de merde, hors de question que je perde ne serait-ce qu’une infime partie de moi.
alors je parle.
J’écris .
Je verbalise.
J’ai pris le temps, d’accepter, d’assimiler.
et le temps de la volonté de combattre, de me reprendre en mains.
avoir la force de me re-sexuer.
Ouvrir la porte à ma sensualité, celle que j’ai laissé enterrer dans une chambre d’hôtel il y a quelques mois.
vivre, jouir, rire, partager, séduire..
redevenir moi,
porter de nouveau des bas, des talons, des pencils skirts.
Ne plus avoir peur des regards.
Ne plus avoir honte. De ce que j’ai fait, de ce que j’ai pas fait.
Vivre, respirer, rallumer la flemme dans mes yeux.

Regarder le mâle convoité, avec faim.
Le dévorer.
jouer avec mon corps, jouir, tremper de nouveau les draps.
Froisser les habits.
Avoir de nouveau assez confiance, pour être attachée, rire, jouir encore.
laisser couler ma fontaine.
Aimer.
Partager.
Rallumer tout ce qu’un connard avait essayer d’éteindre.
et briller bordel.
Briller encore plus.
Oui j’écris, je verbalise.
Mais plus encore.
Je pardonne.
Je remercie même.
Parce que j’ai survécu.
Je suis devenue plus forte.
je me retrouvée combattante.
Plus que je ne l’ai jamais cru possible.
Je reviens meilleure qu’avant.
Alors merci oui, et va bien te faire cuire le cul.
Tu ne m’as même pas ébranlée., Même pas fissurée, même pas altérée.
Juste bousculée.
Et tu sais quoi ? Je suis toujours là.

2 réflexions sur « Hey, I’m Back. »

  1. Je suis à la fois triste et abasourdi. La race humaine n’est déjà pas un modèle de vertu mais là. … Certains spécimens ont la faculté de se montrer encore plus vils et plus bas que les autres.
    Puissiez-vous trouver la force de dépasser ce qui vous est arrivé, faire preuve de résilience pour devenir plus forte encore. Car forte vous l’avez été d’avoir su résister, appeler votre ami et vous relever puis écrire pour témoigner.

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